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Vestiges d'époque romaine

photo du fanum

Une occupation antique au nord du Bourg Saint-Père

Vous avez sans doute entendu parler de la conduite de fouilles archéologiques dans un champ situé route de Torcé en bordure du Bourg St Père. Celles ci ont abouti à des découvertes très intéressantes puisque les premiers vestiges observés (lieux d'habitation, de culte...) conduisent à estimer que la période d'occupation de cet endroit par une population gallo-romaine se situe au moins entre le 1er siècle avant J.C et le 4ème siècle de notre ère. Une seconde campagne de fouilles plus systématiques sera effectuée au cours de l'année 2007. Ces premières observations conduisent à confirmer la très grande ancienneté de Bais, même si, avec le temps, les groupements d'habitations se sont déplacés et constitués aux abords proches. Le bourg St Père et le bourg actuel en sont le prolongement.


Ce terrain qui va être destiné les prochaines années à recevoir un lotissment d'habitations, va curieusement retrouver une occupation urbaine, pas loin de 20 siècles après la période citée ici. Pour vous donner plus d'informations sur ces fouilles archélogiques, nous avons demandé à Mme Le Boulanger, qui en a eu la responsabilité, son accord pour publier quelques extraits de son rapport de diagnostic.


Le contexte historique de cette époque

plan

Au préalable de cette lecture, essayons de vous décrire le contexte historique de cette époque, fin de l'antiquité, début de l'ère chrétienne. Cette période correspond au temps d'occupation de la Gaule et de l'Armorique par les Romains. Ces derniers arrivèrent dans une Gaule très prospère. Les agriculteurs et les artisans font partie de la classe productrice. L'agriculture couvre largement les besoins alimentaires de la population gauloise. L'artisanat fait preuve d'une très grande technicité dans le travail du bois (citons leurs habitations bien charpentées, leurs solides murs de défense construits en pierres et troncs d'arbres), dans celui des métaux (outillage, armes, bijoux), des textiles (lin, chanvre) etc...

En l'an 56 avant J.C., l'empereur César a soumis définitivement les Armoricains, les Vénètes, précisément ici, lors d'une bataille navale célèbre dans le Golfe du Morbihan ou proche de celui-ci. Son attitude vis-à-vis des vaincus fut d'une grande férocité. Lisons Jules César: "Je résolus de les châtier sévèrement et je fis mettre à mort tous leurs notables et vendis les autres comme esclave".

Après la conquête de l'Armorique, l'empire de Rome va donc mettre en place son administration (des préfets de ville), exploiter les ressources locales (céréales, minerais...), appliquer ses impôts (rappelez vous la formule "payer son tribut à César"), développer cette région (défrichement, nouveaux marchés...), l'équiper en infrastructures (les fameuses voies romaines). Les romains vont également pratiquer le culte de leurs divinités païennes, essayant vraisemblablement de le faire adopter par les populations locales.

La découverte sur le site du bourg St Père de temples (fanums) peut confirmer cette pratique romaine. La colonisation romaine va connaitre un début de déclin au cours du 3ème siècle de notre ère et disparaitre quasiment vers la moitié du 5ème siècle.

Il faut indiquer que pendant cette période romaine, la Christianisme va progressivement pénétrer en Armorique et s'étendre sur tout le territoire

Un autre mouvement important de population va alors se produire et succéder aux temps romains. C'est l'immigration des Bretons de Grande Bretagne vers la péninsule Armoricaine. Cette immigration aurait débuté dès la fin du 3ème siècle selon certains auteurs, anticipant les mouvements plus importants des siècles suivants. Ils sont chassés de leurs terres par les envahisseurs anglo-saxons. Ces Bretons vont se fixer comme des conquérants, sans complexe nous dit-on, d'abord sur les territoires côtiers et plus à l'intérieur des terres ensuite. L'Armorique va devenir ainsi une nouvelle Bretagne, continentale celle-là. Ils sont accompagnés des moines qui guidèrent leur destin comme: St malo, St Samson, St Corentin, St Brieuc, St Pol-de-Léon, etc, au nombre des "Sept Saints fondateurs".

On peut penser que ces nouvelles populations bretonnes, avec dans nos régions de "marches", celles des Francs venant de l'Est, vont à leur tour imprimer leur mode de vie et de croyance sur les populations locales.


Le contexte archéologique - Rapport de diagnostic - F. Le Boulanger - (INRAP)


Le contexte archéologique dans la région de Bais même est très sensible. Dans les communes environnant Bais (Retiers, Arbrissel, Visseiche, Domalain) et à Bais, les indices de sites liés à une occupation proto-historique et antiques sont nombreux (Meuret, 1993). A la voie romaine qui relie Condate (Rennes) à Juliomagus (Angers) et qui passe dans le village actuelle de Visseiche, avant de franchir la Seiche, doivent se raccorder des voies secondaires, permettant alors de rejoindre ces différents sites.

necropole

Dans les parcelles diagnostiquées ici, la prospection au sol, menée depuis de nombreuses années, a permis de recueillir de nombreux fragments de céramiques romaines (communes, sigillée, amphore - Haut Empire), des concentrations de blocs, de tuiles, (tegula et imbrex) indiquant l'existence probable de constructions.

Cette occupation continue immédiatement au sud des parcelles étudiées ici, avec la nécropole du haut Moyen Age dont une partie a été fouillée en 1987 (Guigon, Bardel, 1989). Les sépultures se répartissant entre 23 sarcophages en calcaire coquillier, 70 coffres en schiste ardoisier et 18 tombes en pleine terre, ont été installés probablement au cours des 6è- 7ème siècles. Un certain nombre de sépultures a ensuite été perturbé par la construction d'une chappelle, dont le coeur en abside a été mis au jour sur la fouille. Il s'agit ici probablement de la Chapelle St Pierre, dont le souvenir été alors seulement conservé dans la toponymie.

Le haut Moyen Age est aussi présent à Bais, au lieu-dit Cap, à 300m au nord des parcelles diagnostiquées. En 1905 y a été découvert un trésor monétaire composé de "400 monnaies d'argent, 25 deniers, 2 bagues, des lingots d'argent de 2 à 21gr, des flans monétaires avoisinant 1,20 gr, des petites plaques, des débris et un globule d'argent" (Meuret, op.cit.). La présence des flans et de déchets d'argent fait penser à un dépot de monnayeur ou collecteur. Les monnaies ont été frappées du milieu du 7ème siècle au 8ème siècle.

La dédicace de l'église paroissiale de Bais à Sait Marse peut, elle aussi, remonter au haut Moyen Age. Compagnon de St Melaine, son titre episcopal n'est absolument pas assuré. Cependant, le culte de St Mars, bien attesté à Bais, paraît indiquer qu'il résida dans cette région, peut être à la même époque que son "confrère" ou "supérieur" St Melaine au 6ème siècle (Guigon, Bardel, op.cit.).


Bilan sur les vestiges antiques

necropole

Les vestiges appartenant à l'époque antique sont très denses et appartiennent à des constructions sur radiers ou des structures fossoyées. Mis en place dans une fourchette chronologique minimale allant de la fin du 1er siècle avant J.C. au 4ème siècle de notre ère, leur occupation est longue. Il n'a pas été possible de vérifier si elle succède à un site plus précoce. Néanmoins, des fragments de céramiques appartenant à la fin de l'époque gauloise indiquent que des vestiges fossoyés de cette époque existent bien sur le site. Par contre, leur densité et leur fonction sont encore ignorées.

Le contexte religieux est évident avec la présence de 2 fanums au moins. Mais déterminer avec certitude si ces temples dépendent d'un sanctuaire, d'une agglomération secondaire ou encore d'un établissement rural est une problématique à ce stade de la recherche. Une opération de fouilles permettrait bien sûr d'apporter des réponses.

Néanmoins, des réflexions peuvent être énoncées ici, plaidant plutôt pour la présence d'un sanctuaire. Nous avans déjà remarqué que le site est implanté sur un point haut, permettant ainsi de dominer les environs et aussi d'être visible. Or les sanctuaires ruraux de la Gaule romaine « occupent souvent une position dominante, sur le versant ou le sommet d’une colline, sur un éperon, ou plus simplement sur une légère éminence. » (Fauduet, 1993). En outre, malgré la densité des tranchées, il n'est pas impossible que d'autres temples soient présents, surtout que leur superficie est relativement réduite.

Les deux grands bâtiments sur radiers, observés à proximité des deux temples, rappellent ce qui est connu sur des sites extrarégionaux. Leur fonction est la plupart du temps incertaine, et les auteurs les interprètent souvent comme des lieux d'accueil et d'hébergement pour les fidèles, avec aussi des espaces de stockage pour les objets sacrés, des boutiques, des chapelles annexes, etc (Fauduet, 1991).

Par contre aucun axe de circulation n'est repéré à ce stade de la recherche. La présence d'un immense four dont la fonction pourrait être domestique (et non artisanale) peut aussi s'expliquer dans ce contexte. Enfin, nous remarquerons aussi la présence de l'eau qui est surtout présente là ou les édifices religieux sont installés. Faut il y voir une relation? En tous cas, le puits creusé à proximité du fanum 2 ne doit pas être très profond, et son comblement peut être riche d'enseignements.

Les vestiges antiques se répartissent sur la presque totalité de l'emprise diagnostiquée.


Conclusion

Les vestiges antiques découverts sur les 5 hectares, ayant fait l'objet d'un diagnostic archéologique, sont intéressants à de nombreux titres. La situation topographique de la hauteur et de la densité des vestiges, la présence de deux fanums proches l'un de l'autre, la longue durée de vie de ce site (de la fin du 1er siècle avant J.C. au 4ème siècle de notre ère au moins), la proximité de grands bâtiments sur radiers, l'existence d'un puit à côté d'un des temples et celle d'un très grand four un peu plus loin, tous ces éléments pourraient être en rapport avec un lieu de culte rural romain.

Il serait nécessaire de déterminer le statut du complexe dont il dépend: sanctuaire rural, partie d'une petite agglomération? Des plans de temple en contexte rural sont connus (Mordelles, Pacé, Châtillon-sur-Seiche, La Chapelle des Fougeretz, ou encore Bréal-sous-Montfort, pour ne citer que des exemples en Ille-et-Vilaine - (Provost, 1991)). Parmi ces derniers, certains dépendent de villae rurales, comme celui de la Guyomerais à Châtillon-sur-Seiche, et d'autres pourraient se rattacher à des sanctuaires, comme celui de la Bouexière à Bréal-sous-Montfort (Provost, 1991); ce dernier cas n'a pas été fouillé. D'autres encore dépendraient d'un vicus, comme le temple des Tertres à la Chapelle des Fougeretz (Provost, 1991). Ces édifices religieux et leur environnement sont donc à découvrir, et le site antique du Bourg St Père de Bais offre un exemple très intéressant. Ce site est assez proche de la grande voie romaine Rennes-Angers (Condate- Juliomagus) qui traverse la Seiche au niveau de Visseiche, éloigné de 6km, une voie secondaire pouvait relier Bais à Visseiche.

L'étude plus poussée de ce site dont les structures archéologiques sont moyennement arasées permettrait de déterminer s'il correspond à un sanctuaire rural, et quelles sont les composantes de ce type d'occupation, si l'eau y a une place importante et s'il prend la suite d'une occupation plus précoce. Le choix d'implantation d'une nécropole au haut Moyen Age immédiatement au sud pourrait aussi avoir été motivé par la présence gardée en mémoire de ce site antique. La fonction religieuse de ce dernier, si elle s'avérait réelle, pourrait être aussi une explication. L'étude spatiale et chronologique de la transition de l'occupation antique à l'occupation médiévale serait aussi primordiale. Les interrogations qui découlent de cette opération de diagnostic s'inscrivent totalement dans la problématique de l'occupation de nos campagnes, et de l'émergence d'habitats à l'origine de nos villages actuels.

Françoise Le Boulanger

Responsable d'opérations Inrap